cinéma "tu n'aimeras point"

Publié le par Frédérique - Groupe La Rue

« Tu n’aimeras point (Eyes wide open) »
 

Tout le propos du film de Haim Tabakman pourrait tenir dans son titre qui ressemble à s’y tromper à un verset du Décalogue (les Dix Commandements de la Torah) et signifie tout simplement l’interdiction d’aimer, quelque soient son genre et son orientation sexuelle, dans un contexte bien précis, celui de la société formée à Jérusalem par les Juifs ultra orthodoxes. Cet interdit pourrait peut-être être transposé à d’autres cieux, d’autres religions…

Un homme à la longue barbe, aux chapeau noir, les Tsitsits (franges du Talith, châle de prière) dépassant de sa redingote anthracite, essaie en vain d’ouvrir le cadenas qui ferme la lourde porte métallique d’une boutique. Il finit par y parvenir en donnant de grands coups à l’aide d’un énorme silex. Sur la vitre, un faire part de décès, celui de son père, boucher respectueux de la Casherout. A l’intérieur, des viandes putrides, dont on devine la puanteur, qu’Aaron rassemble dans une caisse pour les jeter. Le décor est posé : la boutique, où est vendue la viande strictement casher, la chambre froide, une arrière-boutique à l’étage, avec beaucoup de livres, une couche pour dormir, et un accès à la terrasse sur le toit… Pratiquement sans paroles, on devine qu’Aaron est un homme pieux, il touche la mezouza et porte la main à sa bouche en citant une bénédiction chaque fois qu’il entre dans une maison, que ce soit à la boucherie ou chez lui, comme le font d’ailleurs tous les personnages du film. Lieu : la maison d’Aaron, lieu de sa vie de famille, avec Rivka, sa femme, qui cache ses cheveux sous une sorte de bonnet, sauf au moment du coucher et de faire l’amour de manière très encadrée par le rituel. Le couple a quatre jeunes enfants, les petits garçons portant tous la kippa et les tsitsits, comme tous les personnages de genre masculin. Lieu : la synagogue, lieu de prière et d’étude en commun, où se tient l’école talmudique, la yeshiva, fréquentée par les seuls hommes adultes. Lieu : la rue, avec ses affiches délatrices placardées, dénonçant les conduites, considérées comme impures, d’hommes pieux. Les paroles : prières à haute voix, bénédictions à tout moment de la vie, en entrant dans un endroit, avant de manger ou de boire, et bien sûr les chants des hommes à la synagogue, louant cet unique Eternel, les discours ou monologues du rabbin, dénonçant à Aaron, sur les bancs de la synagogue, dans la rue où ils marchent, ou dans sa voiture, la conduite scandaleuse de ces deux jeunes, Israël Mordechaï et Sarah, qui  selon le religieux font le malheur du père de la jeune fille car ils s’aiment. Aaron va lui aussi faire une expérience qu’il n’avait jamais faite, et qui selon ses mots, rares, l’ont fait passer de l’état de mort à celui de vivant : il va aimer, et aimer un homme, jeune, Ezri, qui a fui la campagne, rejeté de sa yeshiva du fait de son homosexualité. 

Un jour de pluie, alors qu’Aaron vient de réouvrir la boucherie casher héritée de son père, rentre dans la boutique ce jeune homme, Ezri. Il sera l’employé d’Aaron. Les deux hommes deviendront amants et s’aimeront passionnément, avec une tendresse palpable, tellement visible dans ces gros plans sur le visage transfiguré d’Aaron, dont le regard est comme ailleurs. Ensemble, ils sortiront de Jérusalem, pour aller en un autre lieu, les « Sources », où ils se baigneront tous les deux et où retournera seul Aaron, lorsque les deux amants auront été séparés, Aaron n’ayant pas réussi à protéger Ezri, ni leur amour, ni lui-même…


 Frédérique - Groupe La Rue

Publié dans ciné - musique and co

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