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Située au 10 rue Planquette Paris 18ème, la bibliothèque est ouverte tous les samedis de 15h30 à 18h

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   Programme des rencontres débats 2008-2009

Prochains débats :

attention, pas de débats pendant l'été - les rencontres reprendront dès la rentrée de septembre

 

 

nouveau à La Rue

Quelques titres nouvellement entrés dans nos rayons :

essais :

- "Les Bandits" de E.J. HOBSBAW

- "Pirates de tous les pays" de Marcus REDIKER

- "Feu au centre de rétention - janvier-juin 2008 - Des sans-papiers témoignent" aux éditions Libertalia 

romans :

- "La bande à Bonnot - mémoires imaginaires de Garnier" de Benoît LADARRE, Monde Libertaire Editions


Théâtre :

- "Morituri", "III", "L'entretient" pièces de Philippe MALONE, ed. Quartett et Espaces 34

revue :

Cahiers Octave Mirbeau n°15 - 2008



Catalogue de la bibliothèque 


 
Jeudi 14 mai 2009
Le samedi 16 mai à 15h30 nous recevrons Guillaume CARNINO pour un débat autour de l'ouvrage collectif "La tyrannie technologique" (ed. L'Echappée - 2007)




"Après le travail et le sommeil, la troisième activité des occidentaux est de regarder la télévision.
80% de la population française possède un téléphone portable contre moins de 5% dix ans plus tôt.
Créée en 1998 dans un garage, la société Google est aujourd'hui cotée en bourse et valorisée à près de 75 milliards de dollars.
Au cours des dix dernières années, les ventes d'antidépresseurs ont doublé.
Les nouvelles technologies, fer de lance et alibi d'une industrie obsédée par la rentabilité, participent chaque jour un peu plus à la destruction du lien social et à la disparition des formes anciennes de sociabilité, d'organisation du travail et de la pensée. Leur diffusion massive et leur omniprésence posent les bases d'une véritable mutation anthropologique comparable à l'apparition de l'écriture. Si l'alphabétisation fut bien souvent la compagne de l'émancipation, les technologies contemporaines préparent et organisent un monde fondé sur la vitesse, l'immédiateté, la superficialité, le profit et la mort."

Écrit par plusieurs auteurs tirant leurs réflexions de leurs travaux militants ou universitaires, "La tyrannie technologique" dresse un panorama lucide et percutant de l'emprise des nouvelles technologies sur notre vie quotidienne.

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Dimanche 19 avril 2009

Débat le mardi 28 avril à 20h autour d'Offensive n°21 "L'industrie de la punition" en présence de membre de l'OLS-Paris (Offensive Libertaire et Sociale) et de Catherine Charles présidente de l'ARPPI (Association pour le Respect des Personnes Incarcérés) (http://maudb.chez-alice.fr/) et animatrice de l'émission quinzomadaire "l'Echos des cabannes" le vendredi à 11H sur Radio Libertaire (89.4FM)

 

Discussions au Lieu-Dit - 6, rue Sorbier 75020 Paris (m°Ménilmontant ou Gambetta)

OLS-Paris   21ter, rue Voltaire - 75011 Paris  - site : http://offensive.samizdat.net

Emission "Offensove sonore" tous les 15 jours le vendredi de 21 à 22H30 sur Radio Libertaire (89.4 FM)

 



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Lundi 13 avril 2009

Recette romanesque :
 

1 - Prendre un bon bouillon de roman-feuilleton, avec des épisodes rocambolesques, des surprises à peine crédibles, des aventures extravagantes. 

2 - Y dissoudre des morceaux de roman historique, basé sur l’épisode de « la bande noire » à Montceau-les-mines dans les années 1880, sur les grèves des mineurs et la fondation des premiers syndicats. 

3 - Parsemer le tout d’un peu de récit utopique : la construction de la « grande grève », c’est la grève générale expropriatrice, prélude à la révolution… 


- On obtient ainsi une œuvre passionnante, roman du syndicalisme naissant, épopée de la guerre entre le Capital et le Travail. Car « combien plus poignantes et héroïques sont ces batailles économiques que celles livrées à coup de canon par des héros stupides qui s’entre-égorgent sans savoir pourquoi ! » 


Ce « roman social », c’est La Grande grève, publié en 1905 par Charles Malato, militant et écrivain révolutionnaire anarchiste – et réédité ce mois-ci par les éditions Encrage. Un cocktail explosif ? Revigorant à coup sûr - à l’heure où seulement 10 % des salarié.e.s sont syndiqué.e.s, une potion à boire sans modération !


Venez fêter la sortie de La Grande Grève à la bibliothèque LA RUE
le samedi 25 avril à 15H30 !

Charles Malato, La Grande grève, Le Goût de l’Être/Encrage, Amiens, 2009, 318 p., 20 euros
(présenté et annoté par Caroline Granier)

 

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Lundi 6 avril 2009
Deux nouveaux titres ont fait leur apparitions dans le catalogue des Editions Chant d'Orties.

Le premier, "Mémoires d'un nouveau-né", roman de Thierry MARICOURT, nous livre à travers les mémoires d'un nouveau né au QI exceptionnel un réquisitoire poétique et philosophique contre notre société :"Il n'est pas encore né que dans son crâne une "espèce de pâte grise" rayonne de manière extraordinaire. Son cerveau se développe alors sans tenir compte de l'évolution de son corps. Pourquoi ? Parce que neuf mois plus tôt, il y a eu un petit boum dans la région. Rien d'officiel, rien d'alarmant. Un tout petit boum dans un tout petit tuyau dans une toute petite usine nucléaire d'un tout petit village des environs ..."

Le second, "Debout dans l'aquarium" d'Eric LEMAIRE, est un "croisement de récits" : "1981. La gauche arrive au pouvoir. Deux ans d'espoir, de fêtes et puis le désenchantement qui s'installe. Quelque part dans un quartier d'une ville de bord de mer, le bar de Maurice. Les habitués viennent y cracher leurs désillusions et se fondre dans l'atmosphère chaleureuse. Tous ont appris à nager, mais voilà que maintenant ils n'arrivent plus à maintenir la tête hors de l'eau. des oubliés de l'Histoire sur lesquels l'auteur porte un regard bienveillant mais lucide."

Tous deux sont disponibles à la bibliothèque ou sur le site des éditions : chantdorties.free.fr


 
                                                



 
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Jeudi 19 mars 2009

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Jeudi 19 mars 2009
  



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Vendredi 13 mars 2009

Le néo-libéralisme est-il sexiste ? 

Ou : une histoire de la mondialisation malheureuse – du point de vue des femmes en lutte.

Nous sommes d’accord : ce titre est volontairement provocateur ! – pour s’inscrire dans une polémique lancée dans le Monde Libertaire par El Nino qui a parlé d’« hétérocapitalisme » (19 février) - ce qui a fait réagir en particulier Jean-Marc Destruhaut (26 février 2009). Le livre de Jules Falquet, De gré ou de force, permet peut-être d’alimenter et de recentrer le débat. 

La mondialisation néo-libérale est sans cesse dénoncée chez les libertaires. Elle détruit nos vies, restreint notre liberté de mouvement, creuse les inégalités… Et elle se conjugue avec d’autres inégalités qu’elle n’a pas créées mais qu’elle vient renforcer : inégalités raciales, entre pays du Nord et pays du Sud, entre hommes et femmes… Il est parfois difficile pour les militant.e.s révolutionnaires de prendre en compte les multiples modes de domination que subissent les individus. En outre, peu de réflexions s’articulent autour du genre – ce concept sociologique qui désigne, non une propriété biologique, mais un rapport social de pouvoir, intimement lié à des positions de classe et de « race ». Ainsi, comme le précise l’auteure avec humour quand elle analyse la dialectique des sexes sur le nouveau marché du travail, avec les figures centrales des « hommes en armes » et des « femmes de service » : les « hommes en armes » possèdent parfois des ovaires et parmi les « femmes de service » on trouve beaucoup de travailleurs masculins !
 

Or c’est ici que le livre de Jules Falquet est particulièrement intéressant, car l’auteure montre bien que les grandes perdantes de la mondialisation sont les femmes, surtout pauvres et racisées. En effet, grâce à la mondialisation néolibérale, tous les systèmes de rapports sociaux de pouvoir (sexe, classe et « race ») se renforcent - la privatisation des ressources nationales et des services de chaque pays et l’écart de plus en plus grand entre riches et pauvres affectent particulièrement les femmes. Et ce que démontre de façon convaincante Jules Falquet, c’est que non seulement la mondialisation n’a pas apporté aux femmes une libération, mais qu’elle s’inscrit dans le sens d’un durcissement des rapports sociaux de sexe. La violence contre les femmes augmente avec l’extension du néolibéralisme : elle n’est pas un simple dommage collatéral mais elle constitue un pilier de la mondialisation.

De gré ou de force, comme l’indique le titre, montre comment les femmes sont embarquées dans la mondialisation, soit en l’accompagnant (persuadées par les institutions internationales et les gouvernements qu’elles peuvent y gagner quelque chose), soit en y résistant. Jules Falquet analyse en particulier comment les associations féministes ont réussi à introduire « la perspective du genre » dans l’agenda de l’ONU mais au détriment d’une militance politique gratuite, choisie et révolutionnaire, comme le montre l’analyse des féministes autonomes latino-américaines et des Caraïbes qui dénoncent l’ONGisation du mouvement féministe sous l’effet des financement et des discours des institutions internationales. Ces institutions essaient d’aménager le capitalisme, proposant par exemple des microcrédits aux femmes populaires des pays en développement, qui sont justement appauvries par les programmes d’ajustement structurel : « Contrairement aux apparences qu’elles ont réussi à se donner, les institutions internationales ne sont pas un acteur bienveillant ou neutre dans la mondialisation. Bien au contraire, elles apparaissent comme intimement liées aux gouvernements du Nord et aux intérêts des multinationales. » 

Le livre se termine par Trois questions aux mouvements sociaux « progressistes » : la guérilla salvadorienne du FMLN, l’Armée zapatiste de libération nationale du Chiapas, le Mouvement des sans-terre au Brésil, le mouvement féministe latino-américain et des Caraïbes. Où il apparaît clairement que si un mouvement social qui prétend transformer le monde est basé sur le maintien d’une division sexuelle du travail ou sur la structure familiale traditionnelle, il ne peut être révolutionnaire. 

Il est peut-être vrai de dire comme le fait Jean-Marc Destruhaut que le capitalisme « se moque éperdument de morale, de politique, du religieux ou d’éthique » et que toutes les discriminations qui l’accompagnent sont du ressort de l’État. Mais dénoncer l’oppression patriarcale conjuguée à l’oppression capitaliste n’est pas parler d’ordre moral, mais d’ordre économique et de conséquences sociales – surtout dans un contexte où les États ont de moins en moins de pouvoir politique et se font le relais des multinationales. Comprendre que les femmes sont les premières victimes de ce néo-libéralisme, c’est aussi comprendre comment le travail des femmes (précaire, flexible, dévalorisé) constitue le nouveau modèle de travail imposé à l’ensemble de la population.

C’est pourquoi le monde que nous cherchons à construire – comme conclut Jules Falquet – « ne doit pas seulement en finir avec les rapports de production capitalistes, mais aussi avec les rapports sociaux racistes et patriarcaux ». Et pour cela, il est toujours nécessaire que les mouvements révolutionnaires et féministes pratiquent un mouvement réflexif sur leurs pratiques – en articulant plusieurs grilles de lecture. De ce point de vue, un livre comme celui de Jules Falquet est précieux – car il peut à la fois apporter à celles et ceux qui luttent des outils théoriques utiles (en vulgarisant quelques concepts universitaires parfois mal connus) et en retour, alimenter la réflexion des chercheuses et chercheurs à partir des pratiques révolutionnaires actuelles (Jules Falquet s’appuie beaucoup sur les pratiques et analyses du courant « féministe autonome » latino-américain et des Caraïbes, qu’elle connaît particulièrement bien). 

Il y a donc plusieurs raisons de lire ce livre. Parce qu’il nous donne une analyse précise de la mondialisation du point de vue des opprimé.e.s. Parce qu’il le fait à travers le prisme du social et du féminisme. Parce que son auteure est à la fois sociologue universitaire et militante engagée. Et parce qu’il nous donne des outils pour penser et pour lutter.


Jules Falquet, De gré ou de force, Les Femmes dans la mondialisation, coll. « Le genre du monde » dirigée par Danièle Kergoat, La Dispute, 2008, 214 p., 21 euros. 
 

 

Caroline, LA RUE

(cet article est précédemment paru dans le Monde LIbertaire)

 

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Lundi 2 février 2009

Maxime lisbonne et compagnie… Littérature et révolution à la fin du 19ème siècle
 

Débat le 14 février à 15h30 autour du livre de Caroline Granier : Les Briseurs de formules. 

                

1880-1900 : ils sont écrivains et croient à la force de la littérature ; ils sont anarchistes et veulent changer la société. Tout en restant indépendants des partis naissants, ils sont impliqués dans les luttes sociales et politiques et ont une notion précise de leur responsabilité en tant qu’« intellectuels ». Ils écrivent, manifestent, pétitionnent, combattent… Théoriciens, militants et littérateurs intéressés par les idées libertaires se rencontrent et polémiquent – dans les petites revues, les cabarets, les scènes de théâtre… 

Tel Maxime Lisbonne (« ex-forçat », comme l’annonce sa carte de visite, car déporté en Nouvelle-Calédonie après sa participation à la Commune) qui, dans les années 1880, est directeur des Bouffes du Nord et se lance dans le journalisme avec L’Ami du peuple. Activiste, acteur et metteur en scène, il crée plusieurs cabarets montmartrois : la « Révolution française », la « Brasserie des frites révolutionnaires »… Au « Cabaret du bagne » (rue des Martyrs), c’est du théâtre permanent : les clients sont accueillis par un garde-chiourme et se voient offrir un « Nouméa » (absinthe), un « boulet » (bock) ou bien un « soda canaque » par des garçons coiffés de bonnets verts qui leur proposent aussi la Gazette du bagne, avant de prendre leur consommation puis de passer au greffe… Dans la « Taverne du bagne et des ratapoils  », Lisbonne se met lui-même en scène dans des tableaux vivants, expliquant la vie des condamnés et développant le programme de la Commune. 

Autour de lui, autant d’écrivains que de pratiques : depuis les auteurs « consacrés » (comme Octave Mirbeau ou Jules Vallès), jusqu’aux écrivains oubliés (Jacques Sautarel, André Veidaux), en passant par les militants plus ou moins connus (Louise Michel, Charles Malato, Émile Pouget) ou les écrivains fin-de-siècle tentés par l’anarchisme – ainsi que tous ceux qu’on appelle des « en-dehors », faute de savoir où les classer (Mécislas Golberg, Manuel Devaldès)… tous essaient de conjuguer littérature et révolution.  
 

Venez découvrir cette période et discuter de l’engagement des écrivains, avec l’auteure et  Laurent Bihl, écrivain et spécialiste de la période. 


Caroline Granier, Les Briseurs de formules. Les écrivains anarchistes en France à la fin du XIXe siècle¸ Ressouvenances, 2008, 469 p., 35 euros. 

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Dimanche 11 janvier 2009


« Le communisme, tout de suite ! »    


Samedi 17 janvier, à 15H30, la bibliothèque LA RUE accueille Éric AUBOBLE pour nous parler de son livre sur les communes en Ukraine soviétique. 

 

« Les morts de la Commune de Paris sont ressuscités sous le drapeau rouge des soviets » (une affiche de 1921)


Plus de dix années de recherche ont permis à Éric Aunoble d’étudier cet épisode peu connu (et peu étudié) de l’histoire de la révolution soviétique : la création de communes paysannes autour de Kharkov dans les premiers mois de 1919. Éphémères (elles ne résisteront pas, pour la plupart, à la conquête de la région par les Blancs), elles concernèrent quelques milliers de paysans pauvres. Éric Aunoble s’appuie sur l’étude des archives, des statistiques, des témoignages ainsi que des ouvrages littéraires, pour nous restituer les actions mises en œuvre par ces communards, la façon dont ils sont considérés par les villageois, et l’attitude du pouvoir bolchevique envers les communes – étudiant au passage les tribulations du mot commune qui, importé de France, est intégré au vocabulaire et à l’imaginaire révolutionnaire russe. Il défend l’idée que, bien que soutenues en grande partie (dans les années 1919) par le pouvoir bolchevique, ces communes furent largement créatrices d’autonomie, et permirent aux paysans de faire l’apprentissage de la démocratie directe, de mettre en pratique l’égalité réelle (y compris, parfois, entre les sexes) – en bref, d’inventer un nouveau mode de vie, établissant un nouveau rapport au monde. Il dresse donc le tableau d’un prolétariat « sans phrases ni poésie, qui fait avancer l’histoire à grands coups de fouet » - selon les mots de l’écrivain ukrainien Mikola Khvylovy -, ayant la volonté de donner une réalité aux mots. La paysannerie fut donc, à ce moment de l’histoire, « une force de transformation sociale radicale ». 

L’historien, en se penchant sur cette « histoire au ras du sol », révèle ainsi ce qu’a eu de libérateur la révolution soviétique et complète utilement l’étude du mouvement communard, dont on ne connaît trop souvent que le versant anarchiste. 


Éric Auboble, « LE COMMUNISME, TOUT DE SUITE! », Le mouvement des communes en Ukraine soviétique (1919-1920), Les Nuits rouges, 2008.

Pour une analyse détaillée et critique du livre, voir l’article de Sarah Gruszka : « Bolchevisme et utopie révolutionnaire », dans à contretemps, bulletin de critique bibliographique, n° 32, octobre 2008. 

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Dimanche 21 décembre 2008
 

   Août 2008, le canon tonne sur la frontière. Le nain géorgien entre en guerre contre l’ogre russe. Tbilissi veut mettre fin aux volontés autonomistes de deux territoires russophones. Ailleurs le grand carnaval planétaire et sportif a véhiculé pendant des mois les idées d’indépendance, d’autonomie, de suzeraineté à propos du Tibet.

Vingt ans auparavant, le rideau de fer qui sépare en Europe l’Est de l’Ouest commence à s’effilocher avant de tomber soudainement, entraîné par la chute du Mur de Berlin. Cette disparition cache le développement d’autres murs, réels comme ceux qui séparent le Mexique des États-Unis, Israël des territoires occupés et des confettis palestiniens, et virtuels comme celui qui se met en place autour de l’Europe et qui a nom Schengen.

Malgré la mondialisation ou à cause d’elle, le petit carré de territoire où nous vivons reprend des dimensions oubliées dans le maelström uniformisant de la consommation. L’identité de chacunchacune est liée à ces interrogations permanentes, où vivez-vous, d’où venez-vous, où allez-vous ? Comment les frontières s’inscriventelles dans nos pensées et dans nos corps ?

Danton, peu avant d’être guillotiné, refusait d’emporter la patrie à la semelle de ses souliers. Qu’en est-il pour des anarchistes aujourd’hui ? Quels sont ces territoires qui nous importent ou nous pèsent ?

L’anarchisme a toujours revendiqué l’internationalisme, « ni patrie ni frontière ». Les revendications paysannes amérindiennes, liées au sol comme à l’ethnie, qui font irruption sur la scène internationale, particulièrement en Amérique latine, semblent contraires à cette affirmation fondamentale. Annick Stevens tente dans son article de sortir de cette contradiction apparente qui reflète en fait un attachement à des racines souvent oubliées quand elles ne sont pas niées. Ces étrangers sur leur propre sol sont les frères et les soeurs de ceux qui fuient des conditions de vie mortifères et viennent se perdre dans ces paradis du capitalisme qui apparaissent à leurs yeux comme des havres de salut.


site de la revue Réfractions : revue Réfraction 

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