Le (bon) genre de Wendy DELORME

Publié le par Caroline GRANIER

« Ayant choisi le genre féminin »affiche Wendy Delorme


Le patriarcat, plus que le capitalisme, a ceci de pernicieux qu’il passe parfois inaperçu et peut être intégré par ceux ou celles qui en sont les victimes. Parce que nous sommes né.e.s avec des organes masculins ou féminins, nous serions assigné.e.s à certaines tâches – d’autres nous seraient interdites. Le très beau documentaire de Patric Jean, La Domination masculine (en ce moment sur quelques écrans) nous rappelle que le patriarcat n’est pas en voie de disparition. Or, il est parfois difficile d’admettre que ces catégories hommes/femmes sont en grande partie socialement construites. Naître avec des ovaires est une chose – mais en quoi cela prédisposerait-il au repli sur la sphère domestique, aux soins donnés aux enfants, aux salaires moins élevés ou à une sexualité plutôt passive ?

Parce que nous, anarchistes, sommes contre toutes les assignations (à une classe, une « race », à toutes catégories instituées par le pouvoir et créatrices d’inégalités) – nous dénonçons également la dictature du genre. Comme le rappelle Wendy Delorme, « on n’est pas femme forcément parce qu’on est né-e avec un vagin, même si, l’assignation à la naissance, « ça crée du lien, forcément », « quoi qu’on en fasse après ».

Et c’est cet « après » qui nous intéresse, dans l’expérience de Wendy Delorme, enseignante en sciences humaines et sociales à l’université, comédienne burlesque, performeuse X et écrivaine. Car pour elle, le choix du genre féminin est reconduit chaque jour. Le rôle est assumé, délibérément.

Car il ne faut pas s’y tromper : être femme n’est pas « naturel », la féminité (bien difficile à définir au demeurant) n’est jamais acquise ! Et l’écrivaine nous propose une série de tableaux bien vivants, parmi ceux et celles qui jouent avec les genres. Bienvenue dans le monde des fems, butchs, filles-pirates, badboys, riots girls, pédales radicales et trans en tout genre !

 

La féminité comme « drapeau de la subversion »


Son dernier livre, Insurrections ! en territoire sexuel, a le mérite de nous faire percevoir clairement ce que se joue dans le choix d’un genre sexuel – ce que Judith Butler a théorisé dans Trouble dans le genre (pour un féminisme de la subversion) (paru en français aux éditions La Découverte en 2005). L’action des transgenres, des queers, des drag-queens et drag-kings a ceci de subversif qu’elle touche à l’un des fondements essentiels de l’ordre social : la différence des sexes. (Suffit pour s’en convaincre de regarder comment on cherche, dès la naissance, à assigner les petits bébés à un sexe).

Après son roman intitulé Quatrième génération, Wendy Delorme théorise ici ses choix sexuels en nous montrant ce qu’ils peuvent avoir de révolutionnaires. Elle se définit comme une féministe de la « quatrième génération » : la première génération ayant dit « on n’est pas des femmes, on le devient » ; la deuxième : « les lesbiennes ne sont pas des femmes » ; et la troisième (celle des féministes prosexe et anticensure de la pornographie) : « les femmes aussi sont des lesbiennes ». En s’affirmant comme « fem », c'est-à-dire « une gouine qui n’a rien contre les jupes, les talons hauts, le vernis à ongle et le maquillage », elle met en évidence le rôle imposé par la féminité : « J’ai ça en commun avec les travestis et les drag-queen de savoir qu’être une femme, ça relève de la performance de théâtre au final, qu’on soit sur les planches d’un cabaret transformiste ou bien dans une salle de réunion à la Défense. Je sais que le matin (ou le soir) dans ma salle de bains je me fabrique, je me transforme en femme, parce que ce n’est pas une question de biologie être une femme, c’est en partie du déguisement, et surtout de la conviction d’en être une ».


« Le mariage du bas résille et de la botte de combat »


Femme et solidaire avant tout, féministe jamais résignée face à la domination masculine, elle cherche à trouver sa voie dans un monde qui voudrait la cantonner au « sexe faible ». La lutte est plutôt une sorte de guérilla chez elle, qui avance masquée sous ses tatouages et son maquillage. « Tu collabores et tu subvertis, tu reproduis et tu pourris de l’intérieur le monde qui t’a faite, tu es un vers dans la poutre qui te nourrit, la fissure dans la clef de voûte de l’édifice que tu soutiens […] ».

Avec humour (maniant toujours l’autodérision), distance et lucidité, Wendy Delorme remarque que : « On n’a rien inventé, mais ils ne cessent d’oublier. Alors on répète. Les mots du sexe et ceux de la révolution ».

Parce que le combat féministe est toujours à poursuivre. Parce que les révolutionnaires ne doivent jamais se contenter des slogans scandés par leurs aîné.e.s. Parce que chaque point de vue particulier est en soi subversif… Lisez ce témoignage « écrit d’un point de vue "particulier", d’un point de vue de fille énervée, qui s’insurge contre "la condition féminine" », écrit « de [sa] place de femme, avec [ses] tripes de femme, par parfaite, pas pure, même pas politiquement correcte ». Et parce qu’il est rare de trouver une pratique de la sexualité si libre, si libertaire et si jouissive (« Il y en a qui sont sauvés par la Bible, moi c’est par les orgasmes ») : que votre lecture aussi soit jubilatoire.

 

delorme insurrections        delorme 4ème


Caroline Granier


Toutes les citations sont tirées de Wendy Delorme, Quatrième génération, Grasset, 2007 et Insurrections ! en territoire sexuel, Au diable vauvert, 2009 – que l’auteure viendra présenter à la bibliothèque le samedi 9 janvier à 15H30

Publié dans programme des débats

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dissertation 18/01/2010 09:17


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Audrey 14/01/2010 17:27


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