le 25 septembre à La Rue : Séverine évoquée par Evelyne Le Garrec

Publié le par l'équipe de La Rue

Être femme à la fin du 19e siècle, ce n’est pas forcément enviable. Être anarchiste, non plus. Et ce dont on peut être quasiment sûr, c’est que si vous êtes femme et anarchiste, plus personne ne se souviendra de vous un siècle plus tard… sauf quelques chercheurs/euses et curieux/euses, attaché.e.s à sortir de l’ombre ces figures militantes injustement oubliées.


L’une d’elles fut Séverine (pseudonyme de Caroline Rémy), femme journaliste - espèce quasiment inexistante dans les années 1880 lorsqu’elle débute aux côtés de Jules Séverine illustration 2 par renoirVallès, qui lui apprend (selon ses propres mots) « l’alphabet de la révolution ». Élevée dans une famille bourgeoise, elle n’a eu d’autre choix que le mariage pour s’en échapper, avant sa rencontre avec le communard exilé. À la mort de Vallès, elle reprend Le Cri du Peuple, puis elle le quitte choquée par le sectarisme de certains confrères ; elle se déclare alors « trop libertaire pour écrire jamais dans un journal d’école socialiste ». Elle souhaite faire « l’école buissonnière de la révolution » - et elle s’y tiendra, défendant Clément Duval en 1887, Auguste Vaillant en 1893, se déclarant « avec les pauvres toujours – malgré leurs fautes… malgré leurs crimes ! » Elle revendique le droit à l’avortement, souhaite créer une Ligue des droits de l’enfant. Féministe aussi, avant même que le mot ne soit créé, elle lutte aux côtés de Marguerite Durand avec qui elle lance La Fronde, le premier journal à être entièrement écrit et fabriqué par des femmes. Elle est d’abord opposée au suffrage universel – guidée par son anti-parlementarisme viscéral – avant de revendiquer pour les femmes le droit de vote : « Tant que les femmes ne l’auront pas, elles resteront non seulement dans la dépendance de l’homme, mais encore livrées sans défense à toutes les exploitations économiques. » Car elle a compris qu’à côté de la lutte des classes, il y a la guerre des sexes : « La Guerre des Sexes, voyez-vous, n’est pas ce que pensent les superficiels, ni ce que déclarent quelques toquées… [...] Elle porte un nom déjà très connu : elle s’appelle la lutte pour la vie ! » Elle resta toute sa vie indépendante (à part un bref passage au Parti communiste en 1921), capable même de reconnaître ses erreurs…


Elle nous a laissé des articles, recueillis en volumes : Pages rouges (paru en 1893), Notes d’une frondeuse : de la Boulange au Panama (avec une préface de Jules Vallès, 1894), Pages mystiques (1895), En Marche (1896), etc. et un roman autobiographique : Line : 1855-1867 (1921).

C’est donc une figure bien attachante, sous les auspices de laquelle nous avons souhaité ouvrir la nouvelle saison de la bibliothèque LA RUE. Gageons que Vallès ne nous aurait pas désavoué.e.s ! C’est à Évelyne Le Garrec que nous confions la tâche de ressusciter la figure de Séverine entre nos murs, elle qui est entre autres l’auteure de Séverine, une rebelle (paru au Seuil en 1982) et qui a réédité un Choix de papiers, annotés (1982). Elle viendra nous présenter son dernier ouvrage paru : Séverine (1855-1929). Vie et combats d’une frondeuse (L’Archipel, 2009), un choix d’articles de Séverine, accompagnés d’une longue introduction qui retrace sa vie et ses combats, et d’un cahier de portraits de Séverine par Colette Deblé.

La Rue reste ainsi fidèle à sa volonté d’honorer la mémoire des vaincu.e.s, tout en alimentant les luttes présentes et à venir.

Car cent ans après l’époque de Séverine, Évelyne Le Garrec n’a pas trouvé évident non plus d’être une femme journaliste… Pour elle aussi, le combat s’est imposé. En 1976, elle crée, avec d’autres, Histoires d’elles, journal entièrement rédigé par des femmes et proposant un autre point de vue sur l’actualité – et elle écrit Les Messagères (1976), Un lit à soi (1979), Des femmes qui s’aiment (1984) et Mosaïque de la douleur (1991). Elle évoquera avec nous son attachement à la figure de Séverine et son propre engagement féministe.

 

 

 

Un extrait (tiré de Vie et combats d’une frondeuse) – toujours d’actualité malheureusement – à méditer aujourd'hui que le divertissement est un outil de domination très efficace au service du capitalisme.

 

Séverine illustration 1.docUn jour de 14 juillet, voici ce que Séverine écrivait :

 

« Et, tandis que vers mon logis mélancolique montent les clameurs des passants, je songe aux roublardises antiques, livrant pour un jour Rome à ceux qu’on opprimait toute l’année ; leur donnant, vingt-quatre heures durant, plus que la liberté : la licence ; leur laissant traiter en égaux les plus hauts de la République ; fraternisant avec eux parmi les réjouissances – et profitant de la torpeur de leur ivresse pour, le lendemain, à l’aube, alourdir leurs fers, augmenter leur tâche, leur dénier toute justice et tout droit !


Danse et ris, bon peuple de France, si tel est ton caprice ; mais ouvre l’œil en même temps ! L’anniversaire que tu célèbres n’est pas tien ; la victoire qu’on fête n’est pas tienne ; et pour toi, nigaud, ainsi que le Veau d’or, la Bastille est toujours debout !


Quand la prend-on ?... »

 

 

Publié dans programme des débats

Commenter cet article